Pour une éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle

Intervention de Saphia Guereschi (secrétaire générale du SNICS-FSU) sur l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle lors du colloque organisé par la Délégation aux droits des femmes à l’assemblée nationale le 4 mars 2025
L’Éducation à la Vie Affective, Relationnelle et Sexuelle (EVARS) est un enjeu majeur de santé publique, car elle répond à des besoins essentiels et largement exprimés par les jeunes. Perdus au milieu d’un flot d’informations et de désinformations, notamment sur les réseaux sociaux ces derniers mois, ils sont exposés à des discours alarmistes et biaisés : perversion, effraction mentale, où certains qualifient de pédocriminels les personnels du MEN, etc.
Les consultations infirmières réalisées à la demande des élèves révèlent que la sexualité est une préoccupation centrale. Ils viennent librement et massivement poser leurs questions, qui sont variées, allant des plus simples aux plus complexes.
Certaines prêtent à sourire, comme celles sur leurs premiers émois amoureux, leurs premières joies et déceptions sentimentales. Pourtant, ces préoccupations occupent une place importante dans leur esprit et peuvent impacter leur parcours scolaire c’est un vecteur d’inégalités scolaires.
D’autres questions sont plus techniques et concernent les pratiques sexuelles, du désir au plaisir au consentement, à la protection, à la contraception… Elles témoignent du poids de l’industrie pornographique dans l’éducation sexuelle des jeunes, où les stéréotypes de genre se renforcent : la femme y est objectifiée, violentée et humiliée. On inculque aux jeunes filles l’idée que leur désir ou leur plaisir découle de leur capacité à satisfaire celui de l’homme, présenté comme guidé par un instinct et un ordre naturel.
Le culte du corps et de la perfection nuit aux hommes presque autant qu’aux femmes.
De jeunes hommes perturbés par cette approche viriliste de la sexualité consultent les infirmières: « Madame ma copine veux qu’on fasse l’amour mais moi je ne veux pas. Je l’aime , je peux pas lui faire de mal »
Ces jeunes pensent que le plaisir sexuel naît de la pratique et de la multiplication des partenaires sexuels.
Il y a aussi des questions relatives aux croyances familiales, aux normes sociétales et aux histoires personnelles. Ces interrogations sur le genre sexuel ne sont pas nouvelles, elles ont toujours existé.
Il y a beaucoup de questions liées à l’homosexualité : sale, origine, pêcher, ou une maladie
Enfin, certains récits sont bien plus douloureux, révélant des violences subies, qu’elles proviennent de partenaires sexuels, de proches (ou relèvent de phénomènes comme la « vengeance pornographique », du harcèlement, etc… ).
Jusqu’à abomination comme l’inceste : Virginie en classe de 5ème remplace sa grand-mère dans le lit de son grand père, culpabilité, douleurs etc…
Clémentine «menacée d’abandon , de non adoption et de séparation de sa fratrie mais des coups de cravache de son beau père au décès de sa mère lorsqu’elle n’en pouvait plus »…
Jordan qui vient à l’infirmerie car ivre le week-end précèdent il a violé sa petit sœur.
L’EVARS ne se limite pas à des informations biologiques; elle englobe des dimensions affectives, sociales et éthiques permettant aux jeunes de construire des relations respectueuses et éclairées. Elle joue un rôle clé dans la prévention sanitaire ainsi que dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles (VSS). À l’heure où trois élèves par classe sont des victimes potentielles d’inceste, il est crucial de renforcer cette éducation pour les protéger.
Par ailleurs, l’EVARS s’inscrit dans une logique de droits fondamentaux. Elle garantit aux jeunes le droit à l’information, à la protection et à la libre disposition de leur corps, conformément aux obligations nationales et internationales. Elle contribue à lutter contre la désinformation et à contrer l’influence de ceux qui refusent de reconnaître ces droits fondamentaux.
Enfin, l’EVARS favorise une société plus égalitaire et inclusive en déconstruisant les stéréotypes de genre et en encourageant le respect de la diversité.
L’EVARS permet d’instaurer un climat scolaire plus apaisé et respectueux, propice aux apprentissages, (et réduisant les risques de discriminations et de violences.)
Le nouveau programme d’EVARS marque une avancée significative en affirmant la responsabilité de l’École dans l’éducation à la sexualité.
Il repose sur une approche globale visant à faire des élèves des citoyens éclairés et autonomes dans une société complexe.
L’un des points forts de ce programme est la prise en compte du rôle central des infirmières de l’Éducation nationale : elles assument un rôle pivot primordial entre éducation collective en classe et individuelle lors des consultations infirmières à la demande des élèves.
Malgré leur faible effectif seulement 7800 postes, les infirmières conseillères de santé participent déjà à 40 % des séances d’éducation à la sexualité et leurs consultations confidentielles permettent aux élèves d’aborder des questions plus intimes.
Il est donc essentiel de garantir un accès inconditionnel ces consultations infirmières qui mériteraient d’être reconnues comme un droit de l’enfant. Jouissant d’une quadruple accessibilité : géographique, temporelle, administrative & financière, plébiscitées par les jeunes elles doivent être renforcées pour garantir une prise en charge efficace et sécurisée des élèves.
Cependant, plusieurs défis restent à relever pour assurer la pleine mise en œuvre de ce programme.
Le manque de moyens humains et financiers freine encore l’organisation des séances, d’autant que la libération de la parole qui accompagne ce programme nécessitera un accompagnement adéquat.
Il est donc impératif d’augmenter le nombre d’infirmières. La création de plus de 7400 postes infirmiers, comme l’a récemment proposé le Sénat, est une nécessité pour répondre aux besoins croissants des élèves.
Il est également indispensable de doter les infirmières de l’Éducation nationale et de l’enseignement supérieur d’une formation statutaire spécifique.
La loi infirmière en cours de discussion sur vos bancs doit reconnaître l’INFENES comme une spécialité infirmière à part entière au service des élèves et de leur réussite scolaire sanctionné par un master ouvrant la voie à la recherche et à l’amélioration des pratiques professionnelles.
L’organisation de formation universitaire professionnelle et interprofessionelle à la hauteur des enjeux est indispensable pour l’ensemble des acteurs de l’EVARS.
Il faut également veiller à ce que l’enseignement de l’EVARS soit construit à partir des besoins exprimés par les jeunes et qu’il reste en prise avec l’évolution rapide de la société, parfois bien plus rapide que celle de l’institution scolaire. C’est pourquoi il nous semble important de maintenir des collaborations étroites avec les associations partenaires de l’École, qui apportent une richesse d’expertise et de ressources essentielles dans l’École et assurent l’accompagnement des jeunes en dehors de l’École.
Enfin, face aux pressions et attaques violentes subies ces dernières années par les acteurs de l’EVARS, il est primordial que l’État soutienne activement sa mise en œuvre et protège les personnels ;
Une campagne nationale d’information est nécessaire pour lutter contre les fausses informations et rassurer les familles sur les objectifs réels de l’EVARS.
Il est aussi indispensable d’assurer une gouvernance nationale et académique efficace et claire pour garantir la pérennité du programme. Pour ce faire, il existe une politique éducative sociale et de santé en faveur de l’élève occultée depuis 2017, elle devrait être mise en application avec vigueur.
L’EVARS est un pilier essentiel de la politique de santé publique et de protection de l’enfance.
Pour garantir son efficacité, il est impératif d’allouer des moyens humains et financiers suffisants, de renforcer la formation des professionnels et d’affirmer la responsabilité de l’École dans cette mission.
Il en va de la santé et de la sécurité des élèves, mais aussi de la construction d’une société plus juste et respectueuse des droits de chacun.
Les idéologies régressives, discriminantes et autoritaires qui progressent actuellement témoignent de cette urgence.
L’État doit prendre la mesure de ses responsabilités et agir car l’inaction politique ou l’action politique de façade coûte beaucoup plus cher à la société que le renforcement de l’école et de la prévention primaire.
Cliquez sur les images ci dessus pour accèder à l’affiche du colloque organisé par la Délégation au droit des femmes, la lettre de la FSU adressée à la ministre Borne et le communiqué de presse intersyndical.