EDITO : TENIR LE CAP, ÉLARGIR L’HORIZON
Dans un monde marqué par des tensions géopolitiques durables, des conflits aux portes de l’Europe, une montée des logiques de repli et une fragilisation continue des services publics, notre responsabilité collective est plus claire que jamais : tenir le cap.
Tenir le cap de la solidarité, du soin, de la prévention et de l’émancipation. Refuser que la santé, et en particulier celle des enfants, des adolescent·es et des étudiant·es, devienne une variable d’ajustement. Miser sur l’avenir.
C’est dans ce contexte que s’inscrit l’évolution récente de la loi infirmière et la publi- cation, en décembre, du décret relatif aux activités et compétences de la profession d’infirmier. Ce texte amélioré par voie d’amendements marque une étape impor- tante : il consolide l’autonomie professionnelle, reconnaît des compétences élargies et ouvre des perspectives nouvelles. Mais rien n’est jamais acquis. Chaque avancée est le fruit d’un rapport de force, d’un travail collectif et d’une vigilance constante, notamment dans l’écriture des textes d’application.
C’est précisément sur ce terrain que le SNICS FSU s’est pleinement engagé. Au sein du Conseil National Professionnel Infirmier (CNPI) et du Collège Infirmier Français (CIF), nous avons porté avec constance l’émancipation des infirmières et la recon- naissance pleine et entière de leur autonomie professionnelle. Nous avons dû agir avec vigueur pour que la spécialité infirmière de l’Éducation nationale soit intégrée au décret, alors qu’elle en était absente dans la première version proposée par le ministère de la Santé. Nous avons également activement contribué à faire recon- naître l’action éducative, préventive et relationnelle de l’Infirmière, sa capacité d’éva- luation et d’orientation, l’accès direct à la consultation infirmière comme une avancée structurante pour l’ensemble de la profession. Ces conquêtes dépassent notre seul champ d’exercice : elles traduisent une conviction politique forte, selon laquelle les avancées obtenues par et pour les infirmières conseillères de santé participent à l’émancipation et à la reconnaissance de toutes les infirmières.
Dans le prolongement de ce travail réglementaire, l’enjeu des arrêtés relatifs aux actes et aux soins et celui de la prescription est désormais central. Derrière ces textes techniques se jouent des choix décisifs : la reconnaissance de notre expertise clini- que, notre capacité à répondre aux besoins de santé de la population et le respect effectif de notre autonomie professionnelle dans les pratiques quotidiennes.
Parallèlement, une réforme de la santé scolaire est engagée. Là encore, le SNICS FSU a fait le choix d’une action déterminée et d’un dialogue exigeant. Lors de notre rencontre avec le ministre de l’Éducation nationale, nous avons pris connaissance d’une instruction dite « coupe-file », dont la transmission nous a permis de formuler des propositions précises et d’en obtenir une réécriture substantielle. Dans le même temps, nous avons fait obstacle à la réécriture d’une circulaire de politique éducative sociale et de santé excessivement médico-centrée, en décalage avec la loi infirmière, et exigé la reprise complète du protocole de santé mentale sur la base de proposi- tions argumentées et ancrées dans les réalités professionnelles. Ces échanges ont également permis d’ouvrir un nouvel espace de travail sur LIEN, et enfin d’ouvrir des travaux sur la spécialité infirmière de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur.
Ces combats nationaux s’inscrivent dans une dynamique collective forte sur le ter- rain. Les congrès académiques extraordinaires en sont l’expression : espaces de débat, d’appropriation et de construction syndicale, ils traduisent une profession en mouvement, déterminée à peser sur son avenir.
Grâce à notre belle mobilisation du 10 juin dernier, 100 emplois infirmiers sont créés cette année, un premier pas. L’actuel ministre nous a entendu, il a fait l’annonce d’un plan pluriannuel de créations d’emplois. Il nous faut aujourd’hui peser dans les débats budgétaires dans un cadre contraint pour obtenir les 15 300 emplois qui manquent aux élèves et aux étudiant.es !
L’enquête nationale sur la santé au travail des infirmières de l’Éducation nationale et de l’enseignement supérieur remet, quant à elle, en lumière une réalité trop sou- vent invisibilisée : surcharge, épuisement et perte de sens, mais aussi engagement profond et attachement à nos missions. Ces données nourrissent nos revendications, nos actions et renforcent leur légitimité.
Enfin, les formations syndicales à venir sur la consultation infirmière et la santé men- tale des jeunes s’inscrivent pleinement dans cette cohérence d’action. Se former, c’est se renforcer, individuellement et collectivement, et affirmer que la qualité du soin ne peut être dissociée de conditions de travail dignes et d’une reconnaissance statutaire pleine et entière.
Dans une période d’incertitudes, nous faisons le choix de la lucidité et de l’action. Le SNICS FSU continuera à porter une voix claire, exigeante et profondément humaine : celle d’une profession indispensable, au cœur de l’École, au service de la santé, de l’égalité et de l’émancipation.
