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Élections Professionnelles 2022

Claire DAMADE, infirmière, militante du SNICS FSU de l'académie de Lille

Engagé.es POUR les contractuelles
Engagé.es POUR l'Émancipation de la profession et système de santé
Engagé.es POUR une meilleure Reconnaissance et POUR L'amélioration de nos salaires

INTERVIEW CROISÉE DE SAPHIA GUERESCHI (secrétaire générale SNICS FSU) ET BRICE CASTEL (secrétaire général SNUASFP FSU)

Pour vous quels seront les enjeux des prochaines élections professionnelles ?

Saphia : C’est tout d’abord un espace important pour les professionnelles que nous sommes; pour faire entendre ce que nous voulons pour nos professions et en l’occurrence pour les services publics.
Pour des organisations syndicales comme les nôtres, en plus de nos instances et outils de démocratie interne, c’est aussi un bon moyen de confronter nos plateformes de revendications afin de nous assurer qu’elles correspondent aux attentes des personnels que l’on représente.

Brice : Et puis, disons le aussi, ces élections permettent à tous les agent.es de choisir non seulement les orientations syndicales portées, mais aussi la manière dont elles sont portées. Certaines organisations syndicales font le choix, de s'accommoder du système existant et de vouloir n'en modifier qu'à la marge les grandes orientations. D'autres, comme les nôtres, veulent au contraire changer l'existant pour ne pas se satisfaire du "c'est mieux que rien", mais bien pour aboutir à un modèle de société plus égalitaire, écologique et démocratique. Bref un syndicalisme de transformation sociale, pour une Fonction publique plus forte, plus juste pour les agent.es comme pour les usager.es.

Saphia : Dans le contexte social et politique tendu que nous connaissons et face à un gouvernement qui présente une forte tendance à l'autosatisfecit mais également à minimiser la parole des personnels, leurs revendications et manifestations d'opposition, une forte participation aux élections professionnelles permet de renforcer voire d'inverser le rapport de force, de peser dans les débats. C'est aussi une bonne façon de montrer notre attachement à la notion de fonctionnaire citoyen ( et non aux ordres) qui participe aux décisions et élit des représentants pour plus de transparence et d'équité. Et ce malgré les dures attaques de la loi de transformation de la Fonction publique.

Brice : En ce début de quinquennat et pour des professions aussi peu considérées que les nôtres, ne nous privons pas d'envoyer un message fort à notre employeur / Ministre.

Pensez vous qu’ensemble les AS et les infirmières peuvent plus se faire entendre ou bien au contraire risquent-elles de perdre un peu leur identité ?

Saphia : La perte nos identités professionnelles ne vient pas du travail ou des actions syndicales que le SNICS FSU et le SNUASFP FSU ont toujours su mener avec force au sein de leur fédération pour ancrer nos professions singulières dans le service public d'éducation. La dilution de nos identités professionnelles et de nos spécificités d'exercice vient d'une conception politique du travail ( que mènent des gouvernants démocratiquement élus) qui s'attache d'avantage à "l'affichage" ou à la polyvalence du salarié plutôt qu'à la qualité du service réel rendu aux usager.es.

Brice : les commissions paritaires, jusqu'à présent instituées pour chaque corps, sont regroupées en une seule CAP qui concernera désormais les infirmières de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur , les assistant.es de services social et les conseiller.es techniques de service social ( INF-EN-ES, ASSAE, CTSSAE). C'est incontestablement une régression contre laquelle nous nous battons encore. Mais nos deux syndicats - tous deux majoritaires, actifs et reconnus dans nos champs respectifs - vont agir au sein d’une même instance , nous avons décidé d'en faire une force.

Saphia : Le SNICS FSU et le SNUASFP FSU se sont réunis à plusieurs reprises pour définir les valeurs et les combats qui nous unissent, mais également mettre à plat nos différences. Des différences très souvent liées à nos histoires et professionnalités respectives, qu’il convient à présent de mieux connaitre afin de mieux les respecter.

Brice : Nous avons également réuni plusieurs fois les infirmières et les assistantes de services social. Il ressort de nos rencontres un plaisir à échanger, à partager nos problématiques, nos combats, un grand nombre de points de convergence dans nos revendications.

Saphia :Tout ceci crée une nouvelle dynamique d’action, une énergie militante unifiée pour représenter nos professions avec encore plus de force.

Brice : Nous le constatons chaque jour dans le cadre professionnel où nous sommes amené.es à travailler en proximité : loin de diluer nos spécificités professionnelles, ce travail en commun renforce au contraire ce que nous sommes, à travers une complémentarité au service des élèves et des familles.

Quels sont les défis à venir pour nos professions ?

Brice : Les défis à relever sont nombreux pour nos professions. Outre la question centrale de l'avenir des services publics et de son corollaire, la carrière des fonctionnaires, le service public d'éducation aujourd'hui ne peut continuer à fonctionner en mode dégradé notamment en ce qui concerne la politique éducative sociale et de santé, d'autant plus après les deux années de crise sanitaire dont les consequences, largement documentées sur les enfants et les adolescents, sont fortes.

Saphia : De nombreuses menaces pèsent sur nos professions respectives, certaines sont communes, d'autres plus spécifiques mais il est certain que nous partageons une même ambition pour nos deux professions: poursuivre la construction de nos identités professionnelles aussi spécifiques que fragiles, améliorer la reconnaissance de notre utilité sociale en faveur des élèves, des étudiant.es et des personnels ( sans décentralisation) et voir en retour l'amélioration nos conditions de travail, de salaires, de formation, assortie de la prise en considération de nos revendications et expertises professionnelles respectives. Nous sommes les expertes de nos professions, nous savons ce dont les élèves et l'Ecole ont besoin.

Brice : Nous souffrons des mêmes maux, il est urgent de restaurer l'attractivité de la nos professions et particulièrement à l'Education nationale où les difficultés de recrutement sont de plus en plus criantes et ne vont aller qu'en s'aggravant avec l'exclusion du Complément de Traitement Indiciaire et d'autres mesures du SEGUR.

Saphia : Nous menons actuellement un combat commun pour que le CTI soit reversé de droit aux infirmières et assistantes sociales de l'Education nationale injustement exclues. Le SNUASFP FSU a obtenu de fortes revalorisations indemnitaires quand le SNICS FSU a réussi à arracher par la rue l'extension de la transposition des mesures de grilles salariales du SEGUR aux infirmières de l'Etat ( 80% éduc nat). Nos deux professions ont des niveaux de qualification, de recrutement, de responsabilité et d'autonomie professionnelle similaires, c'est pourquoi la victoire des uns devient un levier pour les autres.

Brice : Au delà de cette question, il y a bien entendu toujours la question des moyens et des conditions de travail dont les enquêtes menées par le SNUASFP FSU et par le SNICS FSU témoignent d'une indispensable réorientation des politiques menées pour restaurer un bien-être au travail pour toutes les assistantes de service social et les infirmières de l'Education nationale et de l'Enseignement supérieur.
D'autres défis émergent évidemment, on peut penser à la question du numérique et de ses usages dans la pratique professionnelle. Pour nous, il est nécessaire que le numérique soit au service des professionnelles afin de faciliter l'exercice des missions, non pas à l'inverse une contrainte supplémentaire venant potentiellement remettre en question l'identité professionnelle à laquelle nous sommes profondément attachées. Le SNICS FSU vient de gagner un combat important en obligeant le ministère à revoir le logiciel LIEN, non abouti et inadapté en l'état à l'exercice professionnel des infirmières. .
Sachant le logiciel des assistantes de service social en développement lui aussi, le SNUASFP FSU a été attentif à ce dossier. Ce rapport de force au bénéfice des agent.es va certainement. pousser l'administration à être plus attentive aux réels besoins des assistantes de service social. Le SNUASFP FSU ne manquera pas de souligner le gâchis humain et financier de leurs erreurs pour en éviter la reproduction...

Saphia : Enfin, et il s'agit là d'un enjeu commun à nos deux professions, la menace d'une externalisation de nos missions et d'une décentralisation sont toujours existantes. Nous avons pu constater lors des débats parlementaire de la loi 3DS à quel point il existait une volonté forte de la part de certains de faire sortir nos professions du giron de l'Education nationale. Si cette fois, cela n'a pas été possible, c'est bien par l'action déterminée et résolue de nos syndicats, mais nul doute qu'il faudra encore et toujours batailler sur ce sujet pour rester au cœur de notre institution, ce qui est absolument nécessaire au regard de nos missions. En effet, l'article 144 de cette loi va permettre à certains de refaire des propositions d'externalisation ou d'organisation de type service médical en y incluant les psy EN et les assistantes de service social.

Autres points communs de nos deux professions, la forte féminisation et la notion de service à autrui, avec le manque de considération qui y est associé…

En quoi nos deux professions sont essentielles pour l’école ?

Brice : C'est, depuis de nombreuses années, une ritournelle des différents ministres : l'Ecole doit permettre une réelle égalité des chances et pour cela, il est indispensable de considérer l'élève dans sa globalité, à savoir non pas comme juste un élève mais aussi et surtout comme un enfant ou un adolescent dans toutes ses dimensions. On ne peut pas dire que ces déclarations successives soient suivies d'effets réels quant aux politiques menées.

Saphia : Nos deux professions oeuvrent pour la réussite scolaire de toutes et de tous, justement par une prise en compte des élèves dans toutes leurs dimensions. Les problématiques de santé, de précarité, de mal-être ou encore de difficultés éducatives de certaines familles ont une incidence majeure sur la capacité de chaque élève à s'inscrire positivement dans sa scolarité. Et c'est justement l'intervention des équipes pluriprofessionnelles, dont les assistantes de service social et les infirmières font partie, qui permet de traiter ces difficultés en ayant pour objectif d'en minorer les conséquences sur le déroulement de la scolarité. Ce travail au quotidien au sein des établissements scolaires est essentiel pour croiser les regards, en complémentarité, dans le respect des missions de chacun.

Brice : N'oublions pas que l'Ecole Républicaine a un devoir, l'Egalité. Les infirmières et le assistantes de service social sont les maillons essentiels de la lutte contre les inégalités sociales et de santé, déterminants majeurs d'une possible réussite scolaire. La prévention et l'accompagnement individualisé que nos professions peuvent et savent mettre en oeuvre, au service des élèves et des étudiant.es, sont essentielles et devraient être renforcés.

Saphia : Un des systèmes éducatifs les plus inégalitaires d'Europe vient d'être frappé par une crise sanitaire majeure, suivie d' instabilités économiques et politiques qui touchent plus durement les plus fragiles. Essentielles, nos deux professions le sont et le seront plus que jamais. C'est cette conviction profonde qui guide toutes les actions du SNICS FSU et du SNUASFP FSU !

Romain BOUE-CRISTIANI Académie de Bordeaux

Anne FABREGA Académie de Toulouse

Claire DAMADE Académie de Lille

Céline MONTOLIO Académie de Toulouse

Chantal CHANTOISEAU Académie de Paris

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La FSU, première fédération de l'Education nationale, il n’y a pas de « petits » combats !

En 2018, 10835 infirmiers ont été victimes d’agressions verbales et/ou physiques, selon l’Observatoire national des violences en santé (ONVS).

Communiqué de presse du SNICS FSU à l'occasion de la Journée internationale des infirmières

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